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 A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions

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Milo
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MessageSujet: A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions   Jeu 19 Juin - 16:14

AVERTISSEMENT

La qualité d'un forum (et d'une réflexion éclairée) passe par une information ciblée permettant de prendre du recul par rapport aux thèmes évoqués ou aux situations.

Le Livre Blanc provoque des réactions et cela est normal. IL est également normal de tenir informer les membres du forum de l'existence de réactions.

En revanche, il serait très mal venu d'en profiter pour émettre des opinions politiques, pour confirmer ou infirmer tel ou tel choix politique pris.

Les commentaires ne respectant pas les régles élémentaires tant de réserve qu'éthiques du forum seront poubellisées là-encore sans aucun remord de ma part [ que ce soit à la suite de ces articles ou en d'autres posts ]


Milo


1er article :
Le Livre blanc de la Défense dénoncé par des officiers supérieurs

source AFP : PARIS (AFP) - 19/06/08 14:00
lien sur : http://www.orange.fr/bin/frame.cgi?u=http%3A//actu.orange.fr/articles/a-la-une/Le-Livre-blanc-de-la-Defense-denonce-par-des-officiers-superieurs.html

Citation :


Des officiers généraux, sous couvert de l'anonymat, ont critiqué le Livre blanc sur la défense et la sécurité, qui, selon eux, menace la France de "déclassement militaire", une accusation combattue par le ministre Hervé Morin.

Deux jours après la présentation de la nouvelle doctrine française de défense par le président Nicolas Sarkozy, ce groupe d'officiers supérieurs et généraux des trois armées (terre, air, mer), baptisé du nom du légendaire corsaire malouin Surcouf, jette un pavé dans la mare.

Dans une tribune publiée jeudi dans Le Figaro, ces militaires voient de l'"incohérence" dans le Livre blanc, dont le modèle d'analyse est, à leurs yeux, "marqué par un certain amateurisme".

Dans cet acte d'accusation long et détaillé, ils insistent surtout sur le "véritable déclassement militaire" que programmerait le nouveau document de référence des armées françaises.

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lire la suite "Nous baissons la garde", assurent ces hauts gradés. "Nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les Etats-Unis. La France jouera désormais dans la division de l'Italie. Il est inutile de se payer de mots". "Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles: il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire", jugent-ils.

Pour le groupe "Surcouf", les "avancées" que Le livre blanc présente ressemblent même "à des lubies, parce qu'elles ne sont pas sérieusement argumentées en termes d'arbitrage (alors que l'on voit les intérêts industriels qu'elles servent)".

Dévoilé mardi par Nicolas Sarkozy, le Livre blanc préconise, sur fond de contraintes budgétaires fortes, une sévère cure d'amaigrissement de l'armée française, avec la suppression de 54.000 postes civils et militaires sur 320.000 d'ici six ou sept ans. Définissant de nouvelles menaces et faisant du renseignement une priorité stratégique, il abaisse de 50.000 à 30.000 le nombre de soldats de l'armée de terre susceptibles d'être déployés à l'extérieur en six mois.

Pour autant, pas de "déclassement" en perspective, réplique le gouvernement.

La France "restera l'une des quatre puissances militaires globales de la planète", avec les Etats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni, a affirmé le ministre de la Défense Hervé Morin, jeudi sur RFI.

Mardi, le chef de l'Etat s'était déjà engagé à ce que la France reste "une grande puissance militaire".

"Contre qui aurions-nous besoin de mettre 50.000 hommes en un an sur le théâtre centre-européen", le "contrat opérationnel" assigné jusqu'à présent à l'armée de terre, a demandé M. Morin.

Pour lui, la nouvelle doctrine de défense vise à assurer "une armée moderne, agile, efficace, capable de réagir et de s'adapter à des situations différentes".




2e article :
Des militaires anonymes critiquent le Livre blanc

source : le Point.fr
lien : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/des-militaires-anonymes-critiquent-le-livre-blanc/1648/0/254172

Citation :


L'événement est suffisamment rare pour être noté : un groupe d'officiers généraux anonymes présente dans Le Figaro une contestation des conclusions du Livre blanc et des décisions prises par le président de la République. Ce groupe se fait appeler Surcouf, du nom d'un corsaire breton attaquant pour son plus grand profit les ennemis de la France, pas toujours avec l'indispensable "lettre de marque".

Les auteurs du texte précisent dans leur préambule que les choix du politique sont "incontestables par nature", ce qui n'est pas tout à fait exact. Ils sont incontestables par les militaires contraints d'obéir au politique, ce qui est différent. Mais pour ne parler que des formes constitutionnelles de controverse, la représentation nationale est parfaitement fondée à contester les conclusions que le chef des armées et le gouvernement ont tirées du rapport d'un groupe d'experts. L'Assemblée nationale et le Sénat choisiront-ils cette voie ? C'est une autre question !

Revendication ostentatoire

Il est également intéressant de noter que ces officiers, qui admettent être des déçus du sarkozysme, expliquent avec une certaine candeur, sans doute un peu feinte, que le président de la République aurait vu sa volonté "dénaturée" par ceux-là mêmes, "politiques, militaires ou personnalités qualifiées, qui avaient la charge de la mettre en oeuvre". Là, c'est un peu gros tout de même ! Car pour l'essentiel, les conclusions du Livre blanc sont conformes aux directives et aux orientations données à la Commission par le chef des armées, Nicolas Sarkozy en personne. Dans le cas contraire, aurait-il réorienté, recadré le président Jean-Claude Mallet en cours de route ? Et aurait-il revendiqué avec une telle ostentation ce rapport final ? Non, encore une fois.

Bien des points de ce texte méritent d'être discutés. Par exemple, quand les auteurs dénoncent une incapacité française à assurer le transport stratégique de ses soldats, ils soulignent que ces effets se font sentir "dès cette année". C'est vite oublier que cette situation dure depuis bien longtemps : pour ne reprendre que les opérations du Rwanda en 1994, l'état-major des armées avait déjà dû louer une vingtaine d'Antonov russes et ukrainiens... Il est exact que le choix a été fait de privilégier une solution de transport stratégique européenne, avec l'Airbus A400M, mais peut-on vraiment contester au politique d'avoir choisi cette option ? Prétendre ensuite qu'avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy, la France a vécu une "absence de critères politico-militaires" dans ses choix d'interventions extérieures, c'est une lourde contre-vérité. Ces critères ont été au contraire constamment mis en avant. Qu'ils n'aient pas correspondu aux options de certains militaires, c'est une autre affaire...

Plaies douloureuses

Autre critique du groupe : naguère, "le gouvernement comme les armées se refusaient même à penser l'action militaire sur le territoire national". C'est assez vrai. Mais les auteurs du texte sont servis : sur l'insistance combative de Jean-Claude Mallet, son président, la commission du Livre blanc a demandé que l'armée de terre affecte une capacité permanente de 10.000 soldats aux opérations sur le sol national (Vigipirate, etc.).

Quant à la sous-représentation des militaires dans cette instance du Livre blanc, c'est une antienne qui n'est pas nécessairement pertinente. Parce que des militaires étaient présents et ont fait valoir leurs arguments avec une vigueur et une compétence remarquées. Ils ont été entendus et les options budgétaires retenues (maintien du budget 2008, augmenté de l'inflation, et 1% de plus au-delà de 2012) en font foi.

Pour le reste, le groupe Surcouf met souvent le doigt sur des plaies douloureuses. Il est exact que le ministre de la Défense Hervé Morin a établi son pouvoir sur la montée en puissance de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), afin de réduire relativement l'ascendant que prenait Jean-Claude Mallet. Surcouf a donc raison de souligner que la mission budgétaire de la RGPP a prévalu sur la "mission conceptuelle" du Livre blanc. Mais faut-il pour autant parler d'"amateurisme" des auteurs du document ? Quand le corsaire masqué prétend que l'espace militaire serait un "gadget", une "lubie", et que l'absence de second porte-avions "signe une rupture capacitaire majeure", fait-il vraiment preuve de l'imagination dont il se réclame ?

Le droit des soldats de commenter le Livre blanc

Or, c'est de ces exemples, qui ne sont malheureusement pas de bons arguments, qu'il tire sa conclusion politique : "Il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire." Sarkozy imposteur ? Mais encore ? Serait-ce parce que "la France jouera désormais dans la division de l'Italie" ? Le fait est que, pour mille raisons, bonnes ou mauvaises, le modeste retrait militaire d'Afrique est douloureusement vécu. Surcouf affirme que sa seule certitude, c'est qu'il faudra que la France s'engage "vingt fois" en Afrique dans les années qui viennent. Et que les effets du Livre blanc l'interdiront. Peut-être. Mais ce n'est pas d'aujourd'hui que ce mouvement est en marche. Il prévaut depuis plus d'une décennie...

Curieusement, ce texte ne fait pas mention d'une réalité que nous avons soulignée dans Le Point la semaine dernière : alors que l'Élysée revendique une part de la richesse nationale française (Produit intérieur brut) consacrée à la défense stabilisée autour de 2 %, la réalité est différente. Si on prend un mode de calcul normalisé, celui de l'Otan, sans recourir à des critères purement nationaux pour le calcul du budget militaire (par exemple en intégrant les retraites et le budget d'une gendarmerie affectée au ministère de l'Intérieur à partir de janvier 2009), notre pays ne consacre pas 2 % de son Produit intérieur brut, mais 1,22 % à sa défense, contre 1,70 % en, 2006. C'est un peu plus, selon des chiffres publiés en 2007 , que le Portugal et le Danemark. C'est surtout presque deux fois moins que le Royaume-Uni (2,06 % en 2007). Et si c'est un peu plus que l'Allemagne (1 %), il faut ajouter que le PIB allemand est supérieur du tiers à celui de la France, et que ce pays n'a pas à financer une dissuasion nucléaire.

Sur l'anonymat, enfin. Une sotte habitude veut que les militaires en activité (ce que les auteurs Surcouf ne sont sans doute pas tous) refusent de s'exprimer publiquement à découvert au nom du devoir de réserve. Mais dans ce cas précis, où sont les raisons justifiant cette discrétion ? Ce texte est sans doute critique, mais pas au-delà des normes admissibles en démocratie. C'est le droit des soldats, et des autres, de commenter le Livre blanc, heureusement. C'est aussi leur devoir de ne point se cacher, de sortir de la tranchée, et d'assumer ce qu'ils écrivent. Quand les identités des auteurs de ce texte seront connues, ce qui ne devrait pas prendre trop de temps, leurs lecteurs constateront que leur anonymat n'était pas de mise.




Dernière édition par Milo le Jeu 19 Juin - 16:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions   Jeu 19 Juin - 16:15

L'article "incriminé" du Figaro

article 3 :
Livre blanc sur la défense : une espérance déçue

source : Le Figaro.fr
lien : http://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/19/01005-20080619ARTFIG00011-livre-blanc-sur-la-defense-une-esperance-decue.php

Citation :


Un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer , tenu à l'anonymat, commente le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale présenté le 17 juin par le président de la République.
Les éléments de la nouvelle politique de défense qui viennent d'être rendus publics ont été, ce qui est bien normal, présentés par leurs auteurs d'une manière très encourageante. La réalité est quelque peu différente. Personne ne peut, ou ne souhaite, à l'intérieur des armées, mettre en cause les choix politiques du jour. D'abord, ils sont incontestables par nature. Ensuite, le souhait du président de la République, chef des armées, est de disposer d'un instrument militaire plus efficace pour un moindre coût ; de raisonner en termes d'efficacité et non d'équipements de prestige ; de faire preuve de réalisme quant aux menaces ; et enfin de ne se laisser arrêter par aucun a priori dogmatique. Ce souhait ne peut rencontrer que l'approbation de tous ceux qui ont fait le choix de la carrière des armes et qui ont souffert, ces dernières années, de l'immobilisme des institutions de défense. Et, dirions-nous, plus que l'approbation, le désir, avec volonté et discipline, de faire passer ce souhait dans la réalité.

La vérité oblige à dire, cependant, qu'au-delà des déclarations, la volonté présidentielle a été largement dénaturée par ceux, politiques, militaires ou personnalités qualifiées, qui avaient la charge de la mettre en œuvre. Voici pourquoi.

Dès avant l'élection présidentielle et comme le président de la République l'avait bien vu, le système militaire français était à bout de souffle.

En termes, tout d'abord, de capacités opérationnelles réelles : à cause du choix dicté par les groupes de pression de programmes d'équipement, sans considération particulière pour les nécessités nées de la réalité des engagements (cela aboutit, par exemple et dès cette année, à une rupture de la capacité de transport aérien stratégique, ce qui est à tout le moins regrettable pour une armée très engagée à l'extérieur) ; à cause de l'interdiction faite par les autorités politiques de l'époque à l'état-major des armées de poursuivre une véritable «étude capacitaire», qui eût révélé que, comme de nombreuses fois au cours de notre histoire militaire, une conception de la défense centrée sur les «programmes d'équipement» aboutissait à une dépense publique considérable pour une utilité opérationnelle faible ; avec en résultante, une «impasse financière» mettant en cause la crédibilité même du gouvernement dans son exécution des lois de programmation militaire.

Ensuite, en termes de choix des engagements, la situation n'était pas plus satisfaisante. L'absence de critères politico-militaires d'intervention, le flou des priorités géopolitiques (Afrique), l'absence de gestion des engagements dans le temps (Kosovo) aboutissaient à un saupoudrage de forces dicté par les habitudes du passé et la logique moutonnière de la participation obligatoire («il faut en être»). Il en résultait un rythme d'emploi soutenu, indifférencié, affectant des unités aux équipements vieillissants, dégradant leur niveau de préparation opérationnelle. Et, dans l'autre sens, alors que les menaces terroristes prenaient plus d'ampleur, le gouvernement comme les armées se refusaient même à penser l'action militaire sur le territoire national, à partir d'un contrat opérationnel distinct (à la notable exception de l'action de l'État en mer).

Enfin, en termes d'organisation, la situation était marquée par une grande confusion. Les choix d'interventions étaient opaques, ne donnant lieu à aucun débat, notamment parlementaire, à l'extérieur du cercle présidentiel, ce qui, les phénomènes de cour et les ambitions personnelles aidant, n'était certes pas un facteur de qualité des analyses préalables à la décision. La nouvelle définition des pouvoirs du chef d'état-major des armées n'avait entraîné aucune véritable réflexion, fondée sur la subsidiarité, entre la logique interarmées et la logique de milieu, notamment pour le soutien. Les organisations militaires restaient lourdes, «doublonnantes», peu centrées sur l'opérationnel. Les désignations aux postes les plus importants étaient délibérées entre militaires sur le fondement des couleurs d'uniforme, dans le cadre d'un «troc» presque permanent, aboutissant d'ailleurs à une durée d'exercice des responsabilités abusivement courte. La procédure de choix des programmes d'équipement, entre la direction générale pour l'armement (DGA) et les états-majors, était caractérisée par l'opacité et le conflit d'intérêt (le «service aux industriels») aboutissant à la dérive de coûts opaques, non maîtrisés, et à l'inadaptation des équipements.

C'est dire si le début du quinquennat avait fait naître les plus grands espoirs. Il est malheureusement probable aujourd'hui qu'ils seront déçus. Tout d'abord, les instances de la décision n'ont pas fonctionné de manière satisfaisante, la mission budgétaire de la révision générale des politiques publiques (RGPP) ayant prévalu, y compris en termes calendaires, sur la mission conceptuelle du livre blanc. Quant à cette dernière, la sous-représentation des militaires compétents n'a pas permis d'y effectuer un travail réaliste, ce que ses conclusions montrent à l'évidence. L'ampleur enfin des conflits structurels internes propres au ministère de la Défense n'a pas permis un travail serein.

Plusieurs points positifs sont à relever : le principe du resserrement des implantations (dont il faudra attendre la mise en œuvre, les militaires étant habitués à ce que les logiques politiques locales prévalent, ce qui est le cas depuis plus de vingt ans). L'insistance mise sur la protection «interne» de la nation elle-même, en termes d'organisation centrale et de contrat opérationnel. La revalorisation des fonctions de renseignement.

Pour le reste, le modèle d'analyse présenté par le livre blanc est à notre sens déficient et, davantage, marqué par un certain amateurisme. Le livre blanc souffre en effet d'une quadruple incohérence.

Incohérence, tout d'abord, par rapport à l'évolution générale des crises et des réponses généralement adoptées dans le monde. Alors que les crises se multiplient et se superposent sans se résoudre, l'Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans). On ne peut certes nier la crise budgétaire. Au moins devrait-elle donner lieu à une analyse «priorisante» des arbitrages, entre la défense et les autres budgets, et à l'intérieur du budget de la défense. Le livre blanc n'en fournit pas l'armature conceptuelle, puisqu'au titre des menaces il retient à la fois l'attentat terroriste, la guerre de haute intensité, le désordre dans le tiers-monde et la pandémie grippale.

Incohérence, ensuite, par rapport à l'évolution de la «conflictualité», le paradigme de la «guerre industrielle» (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la «guerre bâtarde», le plus souvent «au sein des populations». Ce dernier exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence. Ces choix ont été faits par les Britanniques voici plus de cinq ans. Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l'armée de terre et au «report» de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. Notre incapacité à sortir de la «réduction homothétique», faute d'une véritable analyse que le livre blanc ne fournit pas, conduit le modèle 2008 à n'être que la version dégradée du modèle 1996, lui-même version amoindrie du modèle 1989. Autant dire qu'aucun choix sérieux, hors celui, purement budgétaire, d'une réduction proportionnelle, n'aura été fait depuis vingt ans. Sous ce rapport, la nouvelle orientation en faveur du satellitaire ou la création d'un «commandement interarmées de l'espace» font figure de gadgets, lorsqu'on connaît les besoins réels et actuels des armées. Non que de telles mesures soient en elles-mêmes absurdes. Mais elles ne pourraient valoir que si elles procédaient d'une véritable analyse doctrinale et pratique de la «conflictualité», fondée sur les exemples nombreux que présente l'actualité, du Proche-Orient à l'Asie centrale. Cette analyse est absente du livre blanc. Les «avancées» qu'il présente (satellites, etc.) ressemblent à des lubies parce qu'elles ne sont pas sérieusement argumentées en termes d'arbitrage (alors qu'on voit les intérêts industriels qu'elles servent). Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles : il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire.

Incohérence, en troisième lieu, par rapport à la volonté politique affichée à juste titre par le chef de l'État. Nous revenons dans l'Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement. Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française, et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne. Mais surtout, nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les États-Unis. La France jouera désormais dans la division de l'Italie. Il est inutile de se payer de mots.

Incohérence, en quatrième lieu, par rapport à la seule certitude que nous ayons : celle de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l'évacuation de nos ressortissants. Si nous pouvons le faire aujourd'hui, c'est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d'autant plus unique que l'ensemble des pays africains refuse le déploiement de l'US african command (commandement américain en Afrique) sur le sol africain. Pour gagner, et ceci est révélateur de la méthode retenue, 3 000 postes budgétaires, nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu'à un coût incomparablement plus élevé. En contrepartie, les structures administratives intermédiaires des états-majors n'ont pas été touchées par l'exercice RGPP, alors qu'elles représentaient un gisement d'économies d'au moins le double. Quant aux «bases de défense», il ne s'agira, faute de crédits budgétaires pour de vrais investissements d'infrastructure, que de circonscriptions administratives de mutualisation de certaines dépenses mineures (habillement, restauration, etc.), entraînant simplement la création d'un maillage administratif supplémentaire. La mise en regard de ces deux éléments permet de mesurer le caractère de trompe-l'œil des mesures présentées ces jours-ci.

Le propos de cet article n'est pas de présenter le modèle qu'une réflexion plus avisée, et plus conforme aux volontés du chef de l'État, aurait permis d'élaborer. Nous voulons simplement souligner qu'une grande dépense d'énergie intellectuelle a simplement abouti à une réduction homothétique du format des armées. Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir. Il eût fallu, au contraire, mieux définir les ambitions militaires de la France, puis ses priorités géostratégiques, y compris en termes concrets, en désignant les théâtres utiles ; en déduire un modèle pour notre armée et ses équipements, sans se refuser à porter le fer dans l'organisation militaire ou dans celle de la DGA ; ne pas s'illusionner sur les bénéfices à attendre de la «mutualisation des soutiens», dans un domaine où l'expérience (notamment britannique) enseigne qu'elle ne peut concerner que des secteurs de second ordre, la «logique de milieu» continuant de gouverner l'entretien des équipements majeurs. Pour ne l'avoir pas fait, les autorités de la défense ont laissé passer l'occasion historique que leur présentaient les circonstances et que justifiaient les ambitions du chef de l'État. Le reste est affaire de communication politique, qui ne saurait masquer la réalité d'un véritable déclassement militaire de notre pays, dans un monde bien plus dangereux qu'hier.


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MessageSujet: Re: A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions   Jeu 19 Juin - 16:21

Article 4 :
Livre blanc sur la défense : deux des auteurs s'expliquent
source : Le Monde.fr

Lien : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/18/livre-blanc-sur-la-defense-deux-des-auteurs-s-expliquent_1059729_823448.html#ens_id=1046241

Citation :


Thérèse Delpech : Nous avons commencé cet exercice en faisant une comparaison entre la situation de 1994, date du dernier Livre blanc, et celle de 2008, suivie d'une analyse prospective sur les quinze-vingt prochaines années. C'est à partir de là que des options ont été définies et des capacités arrêtées. Les choses se sont bien donc faites dans cet ordre, selon une logique stratégique. Le travail budgétaire a été effectué à la fin.

François Heisbourg : Il est vrai qu'au départ, nous avions une donnée de cadrage dans la lettre de mission du président de la République, qui faisait référence à 2 % du PIB pour les crédits de défense. A partir de là, le champ était relativement large. Puis on a travaillé sur la stratégie. Dans l'examen des treize scénarios retenus, la règle était d'ignorer la contrainte budgétaire, quitte à revenir au principe de réalité budgétaire en fin de course.


Début avril à Bucarest, le président Sarkozy avait indiqué que le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN dépendrait des progrès de la défense européenne. Que reste-t-il de cette conditionnalité ?

T. D. : Mardi, le président a dit que la première priorité serait le renforcement de la défense européenne, et que la question du retour de la France dans la structure de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) où elle est absente, le DPC (Comité des plans de défense), serait une question qui se poserait plus tard, au moment du sommet du 60e anniversaire de l'Alliance en avril 2009. La commission n'avait sur ce sujet aucune instruction de l'Elysée. Depuis 1994, l'OTAN et la position de la France dans l'organisation, ont beaucoup évolué. La plupart des Français ignorent qu'il y a des milliers de soldats français sous commandement OTAN au Kosovo et en Afghanistan. La conclusion de la Commission a été de dire que la contribution importante de la France à l'Alliance n'est pas comparable à son influence au sein de l'OTAN.

F. H. : Nous sommes très facilement arrivés à la conclusion que du point de vue militaire, opérationnel et stratégique, c'est comme si nous étions dans la structure militaire. C'est la grande différence avec la période 1995-1997, où la France avait tenté de réintégrer l'OTAN. Aujourd'hui, elle est le premier contributeur de la force d'action rapide de l'OTAN (la NRF), elle participe à toutes les opérations extérieures de l'Alliance, et elle a des officiers à peu près partout. Donc du point de vue de la sécurité et de la défense, la réintégration ne pose aucun problème. La question de l'opportunité politique, c'est une autre question, qui relève du président de la République. A Bucarest, le président a dit : "Je garde les mains libres jusqu'à la fin de l'année et je décide à ce moment-là." Personnellement, je considère qu'il faut tester la proposition selon laquelle rentrer dans l'OTAN, c'est bon pour l'Europe de la défense. Il ne faut pas oublier que sur les 27 membres de l'UE, il y en a 20 qui sont des membres "intégrés" de l'OTAN.

T. D. : Il faut faire ce choix en fonction de nos intérêts : cela va-t-il nous permettre d'augmenter notre influence dans l'OTAN, d'avoir une présence européenne plus importante ? Nous sommes sans doute les seuls au monde à considérer qu'une présence dans la structure militaire intégrée est une restriction à l'indépendance ! Regardez les Turcs : non seulement ils n'ont pas participé à l'opération contre l'Irak, mais ils n'ont même pas autorisé le passage des troupes américaines sur leur territoire. Sont-ils pour autant un mauvais membre de l'OTAN ? Garder son indépendance n'est donc pas une condition spécifique qu'imposerait la France. Aujourd'hui, nous sommes à la fois un pied dehors, un pied dedans. Donc si nous rentrions, cela clarifierait la situation.


La France avait dit que la défense européenne serait une priorité de sa présidence. De façon réaliste, quels progrès peut-on attendre ?

F. H. : Il y a deux tests. Celui qui est réaliste, c'est la relance du projet de 1999, qui était de disposer d'une force européenne projetable de 60 000 soldats. Il faut obtenir le retour à cet objectif capacitaire. Le deuxième test, c'est la capacité de conduite des opérations et de planification au niveau européen. Si nous obtenons cela, nous aurons fait un très grand pas en avant. Et ce serait un moment idéal pour rentrer dans l'OTAN, avec un slogan : "Davantage d'Europe, davantage d'OTAN".

T. D. : Malgré le handicap que crée le vote irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne, des choses importantes peuvent être faites, s'agissant de l'augmentation des capacités, l'harmonisation des besoins militaires, et l'analyse par les pays européens de leur environnement stratégique. On pourrait très bien, par exemple, se fixer comme objectif de disposer d'un groupe aéronaval européen.


Le président a défini un nouvel axe de menaces, qui va, grosso modo, de l'Atlantique à l'océan Indien. Quid du reste du monde ?

F. H. : Cet axe n'est pas un substitut à une lecture plus large du monde. Les conséquences d'un conflit en Asie orientale seraient majeures pour nous, et nous avons évidemment un intérêt stratégique avec la base spatiale de Kourou, en Guyane... Cet axe veut simplement dire que nous voulons être certains de pouvoir envoyer nos 30 000 hommes "projetables" dans cette zone, et que nous organisons nos "points d'appui" en conséquence : Abu Dhabi plutôt que Papeete, Djibouti plutôt que Saint-Pierre-et-Miquelon...

T. D. : Il a été retenu par la Commission parmi plusieurs options. Il correspond à la fois à l'analyse des menaces les plus directes contre les intérêts français, et en même temps, il est réaliste du point de vue de nos capacités. C'est la colonne vertébrale pour le dimensionnement du contrat opérationnel principal de nos forces.
... fin de la page 1

page 2 de l'article :

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Les menaces et les opérations extérieures se multiplient, et c'est le moment où la France réduit ses effectifs militaires et baisse ses crédits militaires. Où est la cohérence ?


T. D. : Il est vrai que l'Europe est la seule région du monde où les dépenses de défense diminuent. S'agissant de la France, la diminution des effectifs correspond à une meilleure relation entre les hommes et les équipements. On va avoir une armée plus resserrée mais avec un équipement de meilleure qualité. En valeur absolue, il y a une augmentation des crédits. La défense va bénéficier d'une priorité dans le budget de l'Etat, puisqu'aucun autre budget ne bénéficiera d'une augmentation de 1 % par an en volume en plus de l'inflation, à partir de 2012.

F. H. : Ce qui compte pour les armées, c'est le pouvoir d'achat. Le Livre blanc dit qu'il n'y aura pas de baisse de pouvoir d'achat pour les trois prochaines années. On verra très vite cet automne, avec la loi de programmation militaire, si cet engagement est tenu. Il est vrai que la France mène un nombre très important d'opérations extérieures, bien supérieur à ce que font les autres Etats : nous avons aujourd'hui huit opérations avec chacune plus d'un millier de soldats. La commission du Livre blanc préconise une plus grande sélectivité s'agissant des opérations extérieures, avec une liste de critères exigeants.


L'opération Eufor au Tchad aurait-elle réuni ces critères ?


F. H. : Pour moi, la réponse est claire : non !

T. D. : Moi, je voudrais défendre cette opération, parce que la responsabilité de protéger est l'une des plus importantes qui soit, qui a été reconnue comme telle ces dernières années, au niveau des Nations unies. Dans ce domaine, la France doit montrer l'exemple. Quant aux critères retenus, je citerai l'importance de la menace, la légitimité de l'opération, la façon dont on a examiné les autres possibilités d'action, l'estimation du coût, etc. Il est vrai aussi que si on avance trop de conditions, on ne part jamais. Toute action comportant un risque il faut savoir quel est le degré de risques qu'on est prêt à accepter. C'est une question qui est importante pour les vingt prochaines années, parce qu'une population vieillissante est moins favorable à la prise de risques.


Finalement, à quoi sert un Livre blanc ? Est-ce une "bible" qu'il faut impérativement respecter ou, au contraire, une référence poussiéreuse pour les gouvernements ?

F. H. : Ayant été approuvé par la moulinette de l'interministériel, des conseils de défense, avec un volet parlementaire, etc., c'est un document qui engage. Dans l'histoire de la Ve République, les Livres blancs ont été le cadre doctrinal et le socle capacitaire à partir duquel les lois de programmation militaire se sont faites. Le Livre blanc de 1972 a été celui de la dissuasion, celui de 1994 a été celui de la projection et de la professionalisation, et le Livre blanc de 2008, sera celui de la "connaissance et de l'anticipation".

T. D. : Je serais plus prudente. Nous verrons dans quelle mesure ce Livre blanc sera un ouvrage de référence pour les lois de programmation militaire. Je jugerai sur pièces. En tout état de cause, ce qui restera, c'est son extraordinaire ouverture géographique et son ouverture thématique, puisqu'il couvre à la fois des problèmes de société, militaires, économiques, sécuritaires et diplomatiques.


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pmo
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MessageSujet: Re: A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions   Jeu 19 Juin - 21:51

Source:
http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=107934


Les réductions d'effectifs annoncés dans la cadre du Livre Blanc sur la Défense nous ont été précisées concernant la Marine nationale. En fait, la flotte française devra supprimer un peu plus de 5000 postes sur les 49.500 qu'elle compte actuellement en effectifs propres (civils et militaires). Le chiffre abondamment diffusé ces derniers jours, à savoir une masse salariale de 53.000 personnes, comprend en réalité les marins-pompiers et la Gendarmerie maritime. La décrue est toutefois bien de 11%.
Rue Royale, on compte beaucoup sur la réforme de l'Etat, voulue par le président, pour simplifier procédures et démarches administratives, qui n'ont cessé de s'empiler au fil des années, si ce n'est des siècles (certains règlements dateraient de Colbert). Or, ces lourdeurs sont considérées comme très gourmandes en énergie et en moyens humains, sans compter leurs conséquences néfastes sur le bon fonctionnement et la réactivité des services et des unités. En simplifiant l'ensemble, de nombreux postes pourraient être économisés selon les patrons de la flotte.
L'entrée en service des navires de nouvelle génération permettra également de réduire les effectifs. Ainsi, une frégate multi-missions est conçue pour être armée avec un équipage de 110 marins, contre 250 à 300 pour les frégates qu'elles remplaceront. Quand on sait que 40% du coût de fonctionnement d'un bâtiment est absorbé par la masse salariale, on perçoit vite les gains potentiels.
Par ailleurs, il convient de noter que si l'Etat demande une réduction de voilure à la marine (comme les autres armées), cela ne signifie pas, pour autant, que les recrutements vont cessent. Les mouvements de personnels restent très importants et, pour assurer ses besoins humains et renouveler les équipages, la marine récrute toujours 3000 personnes par an sur une trentaine de métiers
.

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Milo
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MessageSujet: Re: A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions   Ven 20 Juin - 12:10

Article :
Morin : «Mettre en œuvre les décisions prises»

source : Le Figaro.fr [ 20-06-08 ]
lien : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/06/20/01002-20080620ARTFIG00122-morin-mettre-en-uvreles-decisions-prises.php



Citation :


INTERVIEW - Le ministre de la Défense répond aux critiques formulées au sein même de l'armée contre le livre blanc.
LE FIGARO. Comment avez-vous accueilli la lettre des généraux publiée hier par Le Figaro ?
Hervé MORIN. Il existe un devoir de réserve. Chacun doit avoir la loyauté de mettre en œuvre les décisions prises par le pouvoir élu par le peuple, car nous sommes en République.

Visiblement, le nouveau livre blanc sur la défense est accueilli avec scepticisme par une partie de la hiérarchie militaire…
On reproche à mes prédécesseurs de ne pas faire de choix et de décider en fonction de raisons purement politiques… Eh bien, le livre blanc fixe des axes stratégiques. Il fixe des priorités, notamment le renseignement. Il prévoit une armée plus agile et plus mobile, capable de projeter 30 000 hommes et 70 avions de combat à l'extérieur de nos frontières. La France reste l'une des quatre puissances militaires, avec les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni. Notre gabarit est comparable à celui de l'armée britannique.

La France reste une nation cadre capable d'intervenir la première sur un théâtre de crise. Je vous rappelle que la France est le seul pays européen qui possède une dissuasion nucléaire indépendante et que, pour l'instant, nous sommes les seuls à posséder un groupe aéronaval. Alors arrêtons…

Certains généraux estiment cependant qu'on ne pourrait pas participer à une nouvelle guerre comme celle d'Irak.
Nous n'avons jamais déployé 30 000 hommes hors de France depuis la Seconde Guerre mondiale… Tout le monde sait que le contrat opérationnel de 50 000 hommes qui prévalait jusque-là était inatteignable. Nous avons fait des choix, le premier est d'augmenter puissamment les moyens de renseignements pour préserver notre autonomie d'appréciation et de décision. Pour faire une comparaison avec l'automobile, je dirais qu'il faut des phares puissants, car dans un monde instable et incertain on doit savoir et anticiper, et il faut un moteur, c'est-à-dire la capacité d'agir et de se projeter avec les équipements adaptés. Mais au-delà du renseignement, le choix est aussi de considérer que nous avons besoin de moins d'artillerie et de blindés lourds qu'au temps du pacte de Varsovie.

Les crédits militaires ont augmenté dans le monde de 45 % en dix ans. La France, elle, choisit de réduire la taille de ses armées. Comment maintenir notre rang dans ces conditions ?
On ne peut pas demander à la France de consacrer des moyens illimités à sa défense sans s'interroger sur le fait de savoir si nos concitoyens l'accepteraient alors qu'il existe tant de besoins dans le domaine de la santé, de la recherche… Rechercher l'équilibre budgétaire, c'est aussi défendre l'indépendance de la France.

Comprenez-vous les remous créés par le retour annoncé de la France dans l'Otan ?
Nous sommes un des membres fondateurs de l'Alliance, à laquelle nous appartenons depuis 1949 et nous participons à toutes les opérations de l'Otan. Ce projet ne remet nullement en cause notre indépendance. Quant aux critiques de la gauche, je me permettrai de rappeler que François Mitterrand avait déposé une motion de censure contre de Gaulle lorsqu'il avait décidé de sortir de l'Otan.

Comment l'Europe de la Défense, l'une des priorités de la présidence française, peut-elle survivre au non irlandais ?
Le non de l'Irlande ne change rien dans ce domaine, à part ce qui concerne la coopération structurelle permanente. Mais qu'il s'agisse de la stratégie européenne de sécurité, de l'augmentation des capacités opérationnelles de l'Union ou du développement de l'Agence européenne de défense, tout peut être mis en œuvre.

La réforme de la carte militaire ne risque-t-elle pas de se briser sur la résistance des élus ?
Comme élu local, je comprends les inquiétudes liées à la fermeture d’un site, mais le rôle de l’armée n’est pas de prendre en charge l’aménagement du territoire. J’ai demandé au premier ministre de dégager une dotation très importante du fonds national d’aménagement du territoire au profit des communes concernées. Au ministère de la Défense, j’ai décidé de tripler la dotation au fonds de restructuration de la défense qui atteindra 50 millions d’euros par an. Nous avons également écrit à toutes les sociétés cotées en Bourse pour les inciter à investir dans les sites touchés par le départ d’une garnison. Cette demande suscite un réel intérêt. Nous étudions également la possibilité de décentraliser certains services du ministère de la Défense. Enfin, nous prendrons le temps nécessaire pour mettre en œuvre dans le pays la nouvelle carte militaire : entre dix-huit mois et cinq ans, largement le temps de préparer la reconversion des sites.

Par rapport aux fermetures envisagées, il n'y aura aucune concession ?
Dans certains cas précis, le contexte local nous conduira à renoncer à une fermeture. J'étudie les cas difficiles sans dogmatisme avec la volonté de trouver les meilleurs compromis.


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MessageSujet: Re: A propos du Livre Blanc [ Florilège d'articles - 2 ] Réactions   

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